Le polyamour, quand on aime on ne compte pas !

Non, ceci n’est pas mon coming out polyamoureux ! Les deux jeunes personnes qui sourient avec moi sur la photo sont des chahuteurs, membres de l’association Les Chahuteuses qui prône une sexualité joyeuse et décomplexée. A l’occasion de leur événement : la journée de la Sexualité Joyeuse au 153, j’ai assisté à un débat sur le polyamour.
« Ouais, le polyamour, je connais… c’est quand t’es un célibataire et que tu papillonnes parce que tu as peur de l’engagement ! » allez-vous me dire (ou pas d’ailleurs, si vous connaissez le milieu)… Mais c’est un peu plus subtil que ça : c’est une façon de voir la vie et sa relation avec les autres à travers un prisme aux antipodes de celui de la société.
C’est un choix de mode de vie, pas une peur, et cela demande en fait… une sacrée dose de courage !

Les poly’ se mettent à poil

Quand j’ai demandé à Elise, Aurélien et Anne, polyamoureux et familiers de l’association www.polyamour.info de me définir le polyamour, ils m’ont regardé, un sourire amusé aux lèvres.

Tous ne s’accordent pas sur une définition stricte et précise du polyamour, car il faudrait au préalable énumérer les critères qui distinguent une relation « amoureuse », d’une relation « affective »… ce qui est, à y réfléchir, assez difficile (et non, tout ne se limite pas au sexe). Disons que c’est lorsqu’on choisi de s’affranchir des barrières d’entamer de nouvelles relations, quelles qu’en soit leur nature. En particulier, c’est aussi faire le constat qu’une seule relation ne peut (et ne doit pas) répondre à tous nos besoins et qu’il est possible de s’épanouir via d’autres relations Et pour cela, il est primordial de faire très attention à l’état émotionnel des autres (Et voilà -out- le cliché du célibataire blasé, imbu de lui-même et détaché de tout sentiment). C’est pour ça que les polyamoureux ont défini deux règles de base :

1. Tout autant que l’on s’accorde le droit d’aller vers les autres sans restrictions, ni honte, ni gêne (dans la limite de la liberté de son prochain), on accorde dans la même mesure ce droit à tous ses partenaires qu’ils soient de passage ou qu’ils restent plus longtemps, homme comme femme. Pas de polyamour sans équité, donc (et en ce sens les mariages polygames africains sont quand même loin du polyamour).

2. De même, il y a un devoir d’honnêteté avec ses partenaires actuels et/ou futurs, c’est à dire, mentionner sa vie sentimentale exhaustive à tous ses partenaires, et donc ne pas omettre que l’on soit polyamoureux lors d’une nouvelle relation.

Un équilibre précaire ?

Lorsque j’ai demandé si le polyamour, n’était pas quelque part, un équilibre plus précaire que la relation exclusive, Aurélien m’a de suite répondu en riant : « L’équilibre d’un tabouret est-il plus précaire s’il a deux pieds ou trois voire quatre pieds ? ». Même si c’est absurde, j’ai bien aimé la phrase !

Plus sérieusement, il m’a répondu que l’équilibre de la monogamie ne tient que lorsque l’un des deux partenaires ne tombe pas amoureux d’un autre… et cela peut être tout aussi bien vu comme quelque chose de précaire. Plusieurs personnes voient  le polyamour comme un réseau de soutien et sont plus rassurés dans ce système ! De plus, on ne perd pas une personne dès lors que l’on en rencontre une autre. Ce n’est donc pas si précaire que ça ?

Et la jalousie dans tout ça… ?

Attention, nous rentrons maintenant dans le jargon technique du polyamour. Vous allez me dire… comment nier ce moment où nous tombons amoureux, où les minutes que l’on ne passe pas avec son partenaire semblent inutiles, et que le monde autour de soi disparait, tant notre esprit est chamboulé (omnibulé même) par cette nouvelle et si merveilleuse personne ? Les polymaoureux appellent ça : La NRE (New Relationship Energy), cette énergie provisoire mais tellement…mmm…positive… celle qui nous fait faire des bonds partout et oublier jusqu’à notre propre prénom !!

Comment gérer alors que son partenaire d’amour que l’on aime fort-fort ait de la NRE avec un(e) autre femme/homme  (et qu’il soit tout content de nous l’annoncer, l’animal !) ? Tout simplement en entrant en compersion (oui, ce mot existe). C’est à dire en se réjouissant pour lui et en effaçant toute jalousie de son cerveau. En gros, c’est réagir comme si votre meilleure amie de toujours vous annonçait qu’elle était enceinte (et qu’elle cherchait à l’être depuis 10 ans). Bien sûr, s’il y a un souci avec cette nouvelle relation, il y a toujours moyen de s’expliquer avec son chéri pour revenir sur certains points qui ne vous plaisent pas.

Bref, la base de polyamour c’est : communiquer, en un mot comme en deux.

Mon point de vue que la question : J’en viens à penser que si le mot compersion est bien moins connu que le mot jalousie c’est peut-être… qu’il n’est pas si évident à ressentir ? Soit notre société individualiste et cruelle nous oté de ce don naturel  (« Non, pour te battre avec les loups, tu as besoin d’être agressif pas comperssif !!!), soit c’est un long apprentissage, et cela tiendrait donc l’acquis. Je crois (aujourd’hui) que je préfère un relation monogame pour plusieurs raisons (discutables et subjectives) :

– De un, je ne me vois pas partager mon investissement psychologique et physique, cela me demande beaucoup d’énergie, de temps et d’attention lorsque cela est dirigé vers une personne et j’ai l’impression que mes relations ne seraient pas « entières » si j’en avais plusieurs… (et puis ma vie deviendrait un enfer…)

– De deux, j’ai accepté que mon partenaire ne comble pas tous mes besoins. D’ailleurs, j’ai décidé de répondre à mes (vrais) besoins moi-même, pour éviter toute dépendance affective. En règle générale, mon partenaire répond à nombreuses de mes envies, et cela me convient.

– De trois, la monogamie, ne veut pas dire (selon moi) l’exclusivité sexuelle ni l’exclusivité de relations affectives. Cela veut juste dire que c’est le couple avant, les autres après. Et chacun détermine les règles fluctuantes de son couple comme il le souhaite.

– De quatre, je crois en l’évolution constante du couple. C’est un peu comme si c’était du polyamour avec la même personne, non ?

Ce qu’il faut retenir : Ce n’est pas mon point de vue, ni celui d’Aurélien, d’Elise ou d’Anne qui compte. C’est que nous nous soyons posé la question de « comment » et de « à combien » nous voulions vivre et que nous avons trouvé une réponse qui nous convenait.

Ce qu’il faut retenir, deuxième partie : Aujourd’hui, être polyamoureux est plus difficile qu’être monogame pour plein de raisons : (impôts, achat d’appartement, adoption d’enfant etc.)… c’est une façon de nier ce choix et de nous l’imposer directement, sans nous remettre en question un seul instant. Et si demain, je changeais d’avis ?

 

1 Comments

  1. Ma chère Cherry, il y a un petit truc qui me dérange dans l’énoncé de ta position, c’est ce morceau de phrase : « éviter toute dépendance affective ». Je trouve ça un peu effrayant, froid. J’opte donc pour une formule maladroite plutôt qu’une vraie ligne de conduite. J’ai tort ? (je ne crois pas qu’on puisse s’immuniser contre la dépendance à quelqu’un…)

    J’aime bien ton premier « ce qu’il faut retenir » (le deuxième, je ne le comprends pas bien, il mériterait peut-être reformulation) ; j’ajouterai qu’il est important d’assumer ses choix et de ne pas manipuler le ou les partenaires avec le(s)quel(s) on choisira d’avoir une relation ; ça passe par un minimum de sincérité (quant à la transparence totale, elle ne me paraît pas souvent souhaitable).

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