J’ai sex’té pour vous…un tournage de film porno

A peine avais-je posé un pied à Prague, temple de l’industrie pornographique, que l’adorable régisseur qui était venu me chercher à l’aéroport a du intervenir en urgence sur un tournage, sans même avoir le temps de me déposer à l’hôtel. Je me suis retrouvée avec ma valise, mon écharpe et mes bottes, plantée en plein milieu d’une scène où un « masseur » tchèque « câlinait » sensuellement une actrice française face à trois caméras. Elle tremblait de plaisir sous les doigts et les assauts de son partenaire !
La scène terminée, elle est ressortie en transe, le visage luisant, a serré le type dans ses bras et a filé dans sa chambre se rhabiller.
Bienvenue dans le monde de la pornographie.

Ce qu’on voit à l’image

La pornographie, c’est avant tout un spectacle à vocation masturbatoire qui obéit à des codes et à des règles… assez précises.
Bien que dans de nombreux scénarios – hôtesse de l’air, infirmière, working girl etc.- les partenaires ne se connaissent pas et se « rencontrent » pour la première fois, ils ne laissent transparaitre aucune appréhension, ni maladresse. L’homme, bien membré, bande sans aucun souci dès la première fellation. La femme, elle, ne doit avoir aucune gêne, ni pudeur – et surtout – doit IMPERATIVEMENT externaliser son plaisir ! Mouvements amples du bassin, soupirs bruyants, regards cochons… chez la femme, c’est l’attitude qui compte, chez l’homme c’est la capacité à maîtriser son corps. Puis, la scène se clôt par un « cumshot » – à comprendre : une éjaculation masculine souvent externe – comme l’aboutissement suprême de l’histoire.

Voilà, ce qu’on vient de vous montrer n’est pas « du sexe » mais une vision fantasmée d’une relation sexuelle entre deux inconnus.

Ici, il n’y a pas de place aux maladresses, aux « demi-molles », aux sourires en coin, aux « je t’aime » murmurés à l’oreille, aux « Aïe, là ça fait mal », aux petits à-coups profonds, aux « pauses », aux timides gémissements, enfin bref, à la vraie sexualité humaine.

L’envers du décor

IMAGE_2Les acteurs sont avant tout payés pour simuler leur plaisir avec un partenaire imposé. Et ce n’est pas SI facile, car en fait, cela n’a rien de naturel.

Les acteurs doivent bien souvent se parler et se câliner (disons « faire connaissance ») avant le tournage de la scène. Et non ! Deux réparties dans un scénario ne leur suffisent pas à se sentir suffisamment « à l’aise » lors de la relation sexuelle. Les hommes doivent tenir des érections très longues et prennent régulièrement des produits favorisant l’afflux sanguin. Quant aux femmes, elles finissent souvent la journée très irritées, malgré les crèmes intimes qu’elles utilisent. D’ailleurs, leur VRAI plaisir, n’est pas vraiment représenté. Par exemple, sur un tournage, l’actrice à demandé à son partenaire – dans le feu de l’action – de lui donner une fessée car elle en avait envie. Le réalisateur lui a sommé de suite d’arrêter – non, on ne montre pas ça ici !  Bref, on ne fait pas « ce qu’on veut comme on veut » : il faut respecter les codes.

Les petits « loupés » (l’homme qui n’arrive pas à bander, les éclats de rire, les bruits « gênants », les têtes qui se cognent ) sont coupés au montage.

Actrice X, un choix difficile ?

Lilly Diamant, la maquilleuse et actrice X avec qui je partageais ma chambre, m’a expliqué dès le premier soir :

« Au tout début, je me suis retrouvée à un moment où j’avais besoin d’argent facilement et rapidement. J’avais rencontré un mec, en boîte, qui était acteur chez Jacquie et Michel, et on a couché ensemble. Le lendemain, il m’a proposé de m’introduire dans son milieu. Pendant 10 mois je me suis laissée le temps de la réflexion, j’en ai parlé à des proches, et je me suis soigneusement renseignée sur ce monde là avant de me le lancer. Et puis j’ai franchi le cap !  Ma première scène, c’était pour la magazine « Union ». Tout s’était très bien passé et j’avais assuré. Finalement, la scène n’a pas été diffusée mais ça m’a donné envie de recommencer ! Par la suite, j’ai fait deux scènes pour Jacquie et Michel, et deux scènes pour Sweet Prod. Et tout s’est enchaîné !

Aujourd’hui, j’ai une sexualité que je considère comme « tarifée », car je suis aussi « escort » en plus d’être actrice : je ne veux avoir une relation sexuelle que si elle est payante. Sexuellement, j’ai eu beaucoup de déceptions ! Je préfère me dire que maintenant « à chaque fois que je couche j’ai une compensation ». Je suis en train de me mettre en couple avec un mec qui peut accepter que je mène cette vie à côté. Il me dit même « T’as de la chance : t’as un cul, t’as une chatte, tu peux te faire de l’argent facilement, sans forcément faire grand chose. Alors, profite ! ».
Il faut savoir un jour ravaler sa fierté. Ce que je fais porte un nom ; ça s’appelle de la « prostitution », et donc, ça fait de moi une pute. Mais au moins, je me dis que je peux gagner de l’argent par mes propres moyens, que je suis vraiment quelqu’un d’indépendante. Et c’est ça ma vraie fierté.»

Pour avoir posé cette question à plusieurs actrices, cette notion de « besoin d’argent » revient très souvent. Mais chacune à sa propre histoire ! Il y a aussi beaucoup de jeunes femmes qui se sentent mal dans leur peau et qui veulent se sentir désirée ou tout simplement des jeunes femmes qui sont attirées par cette « starification » très rapide, par les strass et les paillettes. Et oui, être actrice porno, c’est rarement une histoire de « vocation »…

Ce que je faisais là-bas ?

J’étais scénariste sur un des projets. Je me suis amusée à écrire, à aider les actrices à réciter leur texte, et j’ai fait connaissance avec une équipe technique très sympathique. On a vite formé une grande famille et j’ai vraiment apprécié l’ambiance générale.

Vous allez me demander si c’était excitant ? Et bien – au bout de la vingtième pénétration, avec des acteurs qui ont le sexe ankylosé par tous ces frottements répétitifs – non, ce n’est plus excitant ! Ca coupe même toute envie de faire des galipettes le soir, en rentrant.

Mais bon, une bonne bière locale, et ça repart !

BIERRE

Ma vision sur le porno : Même si vous « n’aimez pas le porno », il y en a forcément un, dans le lot (si, si cherchez bien, c’est trèèèès vaste), qui a du vous émoustiller, au moins un peu. N’hésitez alors pas à le partager avec votre (vos ?) partenaire(s?), ou à essayer de comprendre ce « qui vous excite vraiment » : ils peuvent parfois rêvéler des fantasmes que vous n’osiez pas exprimer ou dont vous n’étiez pas tout à fait conscient. Et ça ne sert…. qu’à ça ! A s’exciter à travers des images.
Le porno ne montre pas LA sexualité mais c’est un spectacle, avec ses trucages et ses invraisemblances ! Personne ne peut vivre une sexualité épanouie en répétant les codes du porno et en les tenant pour « vrai ». Vous risquez, sinon, de passer à côté des belles choses que vous révèlent la vie… et de ne pas comprendre votre propre mode de fonctionnement.

Mon conseil aux jeunes futures actrices : Il est dangereux de se lancer dans le milieu si vous n’êtes pas certaine de votre valeur personnelle. Si vous ne vous sentez pas assez « belle », pas assez « admirée », pas assez « regardée », et que la vie des star du X vous fait rêver, attention ! Votre carrière dans le porno risque de vous cantonner à une fausse image de vous et vous ne vous sentirez jamais aimée pour ce que vous êtes vraiment – ni même belle, d’ailleurs – car même des filles « pas très jolies » peuvent faire du porno.
Prenez des cours de danse à la place : c’est plus sympa, vous vous sentirez mieux dans votre corps et c’est beaucoup plus épanouissant !
Quant à cette histoire d’argent… réfléchissez bien à votre « sens des priorités » !

7 Comments

  1. Bravo à vous qui avez été sur nu site de tournage de film porno, vous nous faites découvrir l’envers de décor avec une telle facilité et d’un naturel qui me surprend
    Merci Flore…

  2. L’envers du décor n’est pas toujours celui qu’on croit. J’aime bien le conseil de l’actrice qui invite à explorer les pornos pour découvrir ses fantasmes à travers les films qui nous émoustillent le plus. Certaines pourraient être surprises…

  3. Merci pour ce témoignage! Nous avons une nouvelle vision du porno. Et surtou du vécue des actrices. Bravo pour vote courage. Et vraiment respect. Vous forcez notre admiration.

  4. Super article et qui nous montre avec simplicité l`envers du décor sans pour autant le mépriser complètement. Le ton est juste et j`aime beaucoup le retour d`expérience de l`actrice, qui est néanmoins très déroutant…

  5. Je remercie ma copine « ladyshagass » d’avoir tweeté ton article, je le trouve très intéressant et un peu de désacralisation ne fait pas de mal. J’ai vu un reportage ou une actrice prend une « initiative » (enlevé un sein de son corset) et BIM il faut reprendre toute la scène, pas de place à l’improvisation. C’est bien de rappeler que les « ratés » ou « la vraie vie » est coupée au montage, car vue la dilatation et les positions, je ne peux pas croire que ses chères madames n’aient jamais échappé un petit pet vaginal.

  6. bravo pour ton article…. tu exposes parfaitement la réalité de ce milieu que j ai bien connu…. (mais ca, c est une autre histoire !)
    Sans juger, ni préjugés (!), et avec objectivité tu as trouvé les mots justes.

    je sais maintenant pourquoi j ai toujours pensé du bien de toi !
    je suis heureux de te connaitre.
    bises
    Maxence

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  1. La place du porno dans ma vie | Le journal d'Anouchka

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